Face à l’inconnu

Entre le local et le global, de plus en plus imbriqués, les incertitudes sont inégalement réparties, mais atteignent parfois un niveau si élevé qu’elles basculent dans l’inconnu. Et néanmoins, il faut avancer et donc baliser le chemin.

Les facteurs d’incertitudes sont innombrables : sur le plan géopolitique (Afrique du Nord, Moyen Orient, Asie…), économique (bulle financière boursière ?), climatique, social et politique national. On n’en dressera pas l’impressionnante liste.

Une combinaison particulière tient aux élections municipales – communautaires ou métropolitaines – qui concernent les équipes gérant plus de 55% des finances locales et responsables d’équipements et services qui façonnent le quotidien des particuliers et des entreprises. A leur habitude, les médias concentrent l’attention sur la personne et l’étiquette partisane des candidats. Elles restent des facteurs importants, dont la pondération varie cependant car les comportements des citoyens sont très volatils et la plupart des invariants qui permettaient de structurer les stratégies politiques sont profondément transformés.

La culture politique semble attirée vers une sorte de démocratie semi-directe ou participative. Face au discrédit des dirigeants et des partis politiques, l’intérêt est porté au contenu des politiques, ce qui se traduit par la demande de referendum ou d’association à l’élaboration des politiques, y compris des budgets. Beaucoup de candidats renforcent donc le poids donné aux programmes et précisent leurs engagements, sur lesquels ils devront rendre compte. Plus riche, le programme n’est pas plus facile à établir. Une difficulté devenue très sensible vient de la prise en compte des compétences communautaires, essentielles dans beaucoup de domaines qui mobilisent les habitants. Les candidats sont diversement armés sur ce terrain. L’absence de projet ou de vision pour la communauté ou la métropole, débattu et validé par le suffrage universel, reste une faiblesse de ces institutions et leur colle une image « technocratique ».

L’environnement, au sens très large, aura une belle place dans les annonces, les résultats électoraux des partis écologistes faisant comprendre l’importance que l’opinion attache au sujet. Seulement, passer des belles paroles aux actions est souvent douloureux en matière de tarifications, de transports et déplacements, de modes de vie. Les candidats oseront-ils prendre des risques ?

En économie et finances la voie semble moins hasardeuse. Le consensus assure que les emprunts garderont des taux bas sur une longue période, que la croissance économique sera faible en Europe et l’inflation modérée, encore que rien ne garantisse le cours du pétrole. La réforme de la fiscalité locale est certes un perturbateur des scénarios budgétaires, car ses conséquences restent encore dans des zones obscures. Mais en année d’élections les grosses dépenses ne sont pas pour l’immédiat.

En Europe, deux nouveautés dessinent de possibles infléchissements aux importantes répercussions potentielles. Le Pacte vert, annoncé par la nouvelle Commission, aura des retombées vers les collectivités territoriales, par l’orientation de certains fonds européens, la stratégie de prêts de la Banque européenne d’investissement suivie par les établissements nationaux, ainsi qu’en opportunités d’entreprises à attirer ou à encourager sur les territoires.

Les déclarations de la nouvelle présidente de la BCE sont interprétées comme signifiant que cette Banque va élargir ses horizons au-delà des politiques monétaires. Christine Lagarde explique que la politique monétaire serait plus efficace « si d'autres politiques soutenaient la croissance » et qu’il faut « une démarche transversale d'investissement dans un avenir commun qui soit plus productif, plus numérique et plus vert ». Elle annonce aussi qu’elle va rencontrer plus souvent les acteurs de la vie économique. On comprend par là que la BCE ambitionne de se forger une doctrine économique plus complète et mieux orientée vers l’économie réelle. Comme elle n’a pas compétence pour définir la politique économique communautaire, cette démarche peut s’interpréter comme une tentative de substitution pour « vendre » des idées à la Commission et au Conseil, qui une fois adoptées par eux, deviendraient, en retour, les références de ses propres actions.

Très bonne année à nos lecteurs.