La Lettre du Financier Territorial

Editorial

Il faut plus qu'un plan de relance

Publié dans le N°358 -Octobre 2020
|

Le budget de 2021 est présenté avec beaucoup d'emphase comme étant celui du plan de relance, le gouvernement mettant l'accent sur le surcroît de dépenses destinées à faire repartir l'économie. Cette assimilation sémantique aux politiques macro-économiques du siècle passé donne une image déformée des crises actuelles et des remèdes qu'il y faudrait appliquer, notamment parce qu'elle crée l'attente illusoire d'une croissance générale.

Les politiques de stimulation économique par la dépense publique, inspirées des doctrines de J.M. Keynes, étaient conçues et menées dans un contexte radicalement différent de celui d'aujourd'hui. En cas de ralentissement du à des facteurs économiques, l'Etat agissait sur la demande des ménages par distribution de pouvoir d'achat ou/et sur l'investissement par des incitations accordées aux entreprises et l'accélération de la commande publique, où les collectivités locales étaient aux avant-postes ; c'est d'ailleurs ainsi que naquit le FCTVA. Le déficit budgétaire était financé par des bons du Trésor, amortis par les recettes fiscales générées par la croissance retrouvée et ... par l'inflation. Ce cercle presque vertueux a cessé de bien fonctionner depuis les années 1980.

En 2020, la crise globale aussi bien que les difficultés spécifiques à certains secteurs ont des causes sanitaires appelant des décisions politiques et administratives qui ont provoqué l'arrêt de productions, des voyages, des manifestations collectives, et ruiné brutalement nombre d'entreprises en provoquant un chômage à grande échelle. Des dépenses publiques massives d'urgence sont déjà venues atténuer la gravité des chocs. Le premier acte de relance consiste donc à lever les interdictions ; si des blocages - et leurs causes - se prolongent, on pourra injecter tout l'argent qu'on voudra...

Beaucoup de secteurs sont en ralentissement durable ; certains ont subi des destructions irréparables. Aucun plan d'Etat ne fera vendre des avions à Airbus, ne ramènera des millions de touristes dans les hôtels, galeries marchandes et musées. Empêcher des disparitions définitives nécessite des actions inédites et ciblées.

A l'objectif de relance s'ajoute celui de la substitution par création de nouvelles activités ou développement de potentialités insuffisamment exploitées, ce qui prendra du temps, ne fut-ce que pour reconvertir les travailleurs. Espérons qu'on saura être réfléchi et ne pas céder aux effets de mode en se précipitant sur les technologies, l'intelligence artificielle, voire certaines formes d'économie réputées vertes. Les métiers traditionnels, ceux de l'agriculture et de l'alimentation par exemple, comportent des gisements importants, vu les atouts de la France et les bénéfices induits d'un rééquilibrage des territoires. De tels investissements supposent de l'imagination et une prise de distance par rapport aux routines et aux lobbies. La santé, la qualité de vie, l'aide aux personnes sont d'évidentes autres pistes. En fait, il faudrait toutes les explorer et évaluer, méthodiquement.

Les pouvoirs publics qui ont hâte de dépenser pour obtenir des résultats rapides risquent de privilégier l'existant et même de trouver dans la crise un alibi pour conforter leur addiction à la dépense. Or, réduire les dépenses publiques et améliorer la productivité de l'appareil public, c'est-à-dire d'une économie non marchande qui représente une part si envahissante de l'économie nationale, auraient aussi des effets très positifs, comme l'a souligné le gouverneur de la Banque de France. C'est même indispensable, vu l'anémie des rentrées fiscales et l'obligation de freiner l'endettement.

Et tant qu'à faire de l'interventionnisme, autant qu'il soit à double bénéfice, économique et social. Donner du travail va au-delà des effets sur le PIB. Cela contribue à l'intégration et à la sécurisation des personnes et à réduire les maux sociaux qui découlent de l'inactivité prolongée d'une partie de la population.

Il ne s'agit donc pas seulement de dépenser plus - tout ce qui sera inscrit en loi de finances ne pourra d'ailleurs pas être dépensé durant l'exercice - et d'attendre que le ciel fasse son oeuvre, mais de mobiliser la société sur des projets compréhensibles, chantier qui pourrait occuper utilement le nouveau Haut-commissaire au Plan et son bras armé, France Stratégie.

Newsletter de la Lettre du Financier Territorial

Inscrivez-vous et soyez informé de nos nouvelles parutions et de l'actualité de notre site