La Lettre du Financier Territorial

Editorial

Quelques pistes sur un chemin d'incertitudes

Publié dans le N°359 -Novembre 2020
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Le bouclage du budget 2021 plonge les responsables locaux dans un océan d'incertitudes. En recettes, les DMTO sont imprévisibles ; la TH est encore en chantier ; la suppression des impôts de production sera compensée mais avec quelles hypothèses d'évolution ? De nombreuses dépenses ont été soumises à des hausses imprévues, destinées à durer, et des évolutions préoccupantes pointent un peu partout (contraintes sanitaires, augmentation de la pauvreté) tandis que tous les services doivent s'adapter, certains étant même gravement déstabilisés (culture, événementiel, tourisme).

Les directions financières retrouvent intuitivement la budgétisation base zéro lorsque chaque euro compte. Pour les équipes municipales, communautaires et métropolitaines ce sera pourtant aussi le premier budget du mandat, dans lequel elles entendent rendre visibles les transformations promises. Or, les marges de manoeuvre pour lancer des programmes sont minces, surtout si l'on ambitionne de dessiner une trajectoire soutenable dans la durée.

S'il est impossible de prévoir comment les choses se passeront, on peut d'ores et déjà constater dans quelles directions les ruptures en cours nous conduisent.

Une population déboussolée, vivant dans une société de plus en plus fragmentée et violente, aspire en toute priorité à la sécurité, la sûreté, à des repères stables et à du lien social dans l'espace du quotidien, ainsi que cela ressort des sondages et des constats des psychologues. Cela ne se fera pas sans retrouver confiance dans les dirigeants, car les frustrations et colères qui se sont exprimées l'an passé ne peuvent continuer à prospérer, sans risques sociaux de grande ampleur.

Ces besoins entrent dans les missions des appareils nationaux : police, sécurité sociale, assurance chômage, éducation nationale, partis politiques, qui ont montré les limites de leur efficacité sur ces questions car ils sont appuyés sur de grands thèmes traditionnels (Nation, République, citoyenneté, idéologies des partis) dont l'attractivité fonctionne mal, voire plus du tout.

Le "vivre ensemble" ne peut s'apprendre que dans les communautés de vie. L'espace local reste le plus pertinent pour produire de l'intégration. Les solidarités de voisinage s'y comprennent plus aisément, même si elles ne s'organisent pas spontanément. Une personne s'identifie plus facilement à sa ville qu'à la Nation, d'où l'importance de cultiver, voire de rétablir, les identités locales mises à mal par les réformes récentes.

Est ainsi revalorisé le rôle des petites unités territoriales, alors que tout a été misé sur les grosses structures (Régions, métropoles, grandes communautés). Sont également revalorisés les services aux habitants, qui exigent des moyens humains plutôt que des équipements, pour l'animation, l'assistance, le sport et la culture, les établissements scolaires, les crèches, voire des dispensaires avec soins psychiatriques légers car les problèmes de ce type explosent. Ce n'est pas avec l'intelligence artificielle, l'e-administration, des logos et de la communication ou de savants schémas, aussitôt dépassés, qu'on recoudra la société. Il faudra aller sur le terrain, former des agents, les motiver et les gérer politiquement. Prévoyons un probable retour des dépenses de personnels. L'innovation trouvera son compte dans la pédagogie de l'écologie et du vivre autrement, qui se transmet le mieux par des politiques locales exemplaires, mobilisatrices pour les citoyens.

Les prescriptions sont simples : de la créativité pour sortir des sentiers battus de l'aménagement, des équipements et des lourdes routines administratives. Les collectivités n'ont pas besoin d'une diversification à la carte des institutions qui rendrait le système encore plus opaque et incompréhensible, mais de libertés pour négocier et mener les politiques appropriées à leur territoire. Leur financement devra être stabilisé, en maintenant à chaque niveau un minimum de pouvoir fiscal, donc de flexibilité.

Un effort particulier de coopération entre administrations pour traiter les problèmes dans leur globalité et unité est une condition absolue de réussite. Nous sommes entrés dans une nouvelle ère de l'organisation socioéconomique, où chacun devra reconsidérer son rôle et sa place. Rien ne restaurera la situation antérieure. Des mutations définitives ont eu lieu et d'autres risques se profilent à l'horizon.


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